Un personnage de roman

Un mot sur l’auteur :

Philippe Besson est un auteur français d’environ 50 ans. Avec ses petites lunettes rondes, son large sourire et ses vestes bien cintrées, on lui en donne 10 de moins quand on l’aperçoit sur un plateau télé. On se dit aussi qu’il a une tête à manger du quinoa, apprendre des citations par coeur sur evene.fr et signer des tribunes dans Libération. Mais ça, on le suppose uniquement parce qu’on est un peu cons et conditionnés par les clichés (pas toujours vérifiés) sur les écrivains parisiens.

Pour en revenir à son oeuvre, il est l’auteur de plusieurs romans à succès qui ont souvent pour point commun d’utiliser ou mettre en scène un personnage célèbre. Ainsi, le héros de son premier roman En l’absence des hommes est ami avec Marcel Proust, Les Jours fragiles raconte les derniers jours d’Arthur Rimbaud et Vivre vite est centré sur James Dean. En attendant son prochain livre Sur l’autoroute de la rassrah qui nous offrira un regard décalé et audacieux sur l’ascension fulgurante de Cyril Hanouna, nous allons aujourd’hui consacrer quelques lignes à Un personnage de roman, petit ouvrage de 200 pages sur notre Raïs à nous : Emmanuel Macron.

 

Cette photo aurait fait une très belle pochette d’album pour un chanteur québécois dans les années 90. 

 

Résumé :

Un personnage de roman raconte les coulisses de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, de sa démission du gouvernement jusqu’à la petite sauterie devant le carrousel du Louvre pour fêter sa victoire à l’élection du BDE de la République française.

Le livre est présenté comme un journal de bord où l’auteur conte de manière chronologique l’évolution de la campagne. Avec une subjectivité vite assumée, il tente de nous faire vivre l’ambiance et l’état d’esprit des personnes qui prennent part à la course. Comment disrupter un meeting en adoptant une approche user centric et malgré la chute du reach Facebook ? Comment développer le nomad management pour faire passer la start-up nation en mode agile ? Comment faire rendre l’argent à François Fillon ?

Mais, insiste Philippe Besson, ceci n’est pas un livre sur le pouvoir ou sa conquête. D’ailleurs, chaque campagne accouche déjà d’un ouvrage sur le sujet : L’Aube, le soir ou la nuit de Yasmina Reza sur la campagne de Sarkozy en 2007, Rien ne se passe comme prévu de Laurent Binet sur la campagne de François Hollande ou encore Votez Titeuf de Zep. Ce qui intéresse Besson, c’est la trajectoire d’Emmanuel Macron. Le jeune homme de province qui monte à Paris, épouse sa prof de français, brille dans la finance et comme s’il semblait persuadé que c’était son destin, décide de se lancer dans une campagne que tout le monde lui prédit comme perdue d’avance.

 

Quand l’état te prélève trop pour qu’il te reste de quoi te payer un coiffeur. Ça tient à rien les convictions politiques. 

 

Les points positifs :

– C’est facile et agréable à lire. Le style, avec ses phrases courtes (« durassien » diront les mecs qui se la pètent) permet de bien retranscrire l’ambiance de la campagne.

– Se remémorer l’explosion de la campagne de François Fillon est toujours un plaisir immense, même plusieurs mois plus tard.

 

Les points négatifs :

– Le dénouement manque de surprise. On a beau espérer tout le livre, Emmanuel Macron gagne quand même à la fin. Rien que pour le fun, ça aurait été beau d’imaginer autre chose. Il faut croire que Philippe Besson avait pas envie de se faire chier.

– Si l’auteur se permet quelques commentaires piquants sur certains moments de la campagne ou des choix/propos du candidat, à aucun moment l’auteur n’aborde le fond plus global de son positionnement politique.

 

Les versions auxquelles vous avez échappées :

La campagne de Macron, vue par :

Éric Besson : alors qu’il démissionne du gouvernement de François Hollande, Emmanuel Macron rejoint l’équipe de campagne de François Bayrou. Mais alors que l’échéance du vote se rapproche, c’est un autre François qui caracole en tête des sondages. Emmanuel Macron décide alors de changer son fusil d’épaule et de soutenir publiquement François Fillon, en échange d’un poste de premier ministre négocié en secret. C’était sans compter sur une rencontre inopportune avec Benoît Hamon dans un kebab près de Bastille à 23h30. Les deux discutent, sympathisent, et heureux de s’être fait un nouvel ami, Emmanuel Macron décide de finalement rejoindre l’équipe du candidat PS. Contesté par un tweet assassin de Gérard Filoche, Emmanuel Macron menace de tout plaquer pour monter sa start-up. Après réflexion et devant son incapacité à produire un business plan qui tient la route pour son idée de cordon bleu en réalité augmentée, Emmanuel Macron décide de tout envoyer balader, et se présente lui même à l’élection. Une élection qu’il gagne après avoir prouvé aux Français que c’était lui qui aimait le plus De Gaulle de tous les candidats.

Luc Besson : tout va pour le mieux pour le candidat Macron qui s’apprête tranquillement à aller poser son dossier de candidature pour l’élection présidentielle. Mais alors qu’il est en chemin dans son Uber, il est attaqué par une multitude de taxis (conduits par des Chinois) qui tentent de l’empêcher d’arriver à temps. S’en suit une course poursuite haletante où Emmanuel Macron devra se disrupter lui-même pour échapper à la vigilance de ses agresseurs. Se transformant en clé USB, il décide de passer par le Cloud pour arriver directement dans les fichiers du Conseil constitutionnel. Mais les ordinateurs des sages n’ont pas été mis à jour depuis la version 4 de Windows 95 et ne sont pas capables de lire les fichiers Docx. Les brainstormings de son équipe de campagne suffiront-ils à trouver une parade pour contourner le problème ? Emmanuel Macron sera-t-il éjecté correctement afin d’être retiré en toute sécurité ?

 

Voilà au moins un scénario que Luc Besson ne risque pas de plagier

 

 

Les (vrais) avis sur Internet qui vont (ou pas) vous donner envie de le lire :

Panda, sur Amazon. 1 étoile. 
Ce livre ne tient pas ses promesses. Rien de nouveau sur Macron, sinon que Besson l’aime beaucoup et qu’il aime aussi beaucoup sa femme. Un livre écrit par les communicants de l’Elysée. Macron sait y faire, semble-t-il, pour contrôler tout ce qui se dit sur lui. Affligeant de béatitude.

Ce à quoi répond Chris : 
Commentaire partisan transpirant le sectarisme…

Annie, sur fnac.com. 3 étoiles. 
Pas lu seulement feuilletés ; je reviendrai à nouveau.

Client d’Amazon, sur Amazon. 3 étoiles.
je recommande ce livre m’a fait passer un bon moment, l’auteur se pousse un peu du col mais moins que ce que je craignais , le cheminement vers le pouvoir vu de l’intérieur m’a intéressé et l’auteur qui a quand même les yeux de chimène reconnait et la majorité des français aussi qe le personnage est de roman

Gisele A, sur fnac.com. 4 étoiles.
Le livre a répondu à mon attente . Satisfaite.

 

Si vous avez aimé ce livre, vous aimerez aussi :

– Arrête avec tes mensonges, du même auteur. Étrangement, ça n’est pas la suite.

La Vie de Liszt est un roman de Zsolt Harsanyi. En voilà un personnage de roman à la vie extraordinaire. Très belle et longue biographie du compositeur Franz Liszt qui fut successivement un enfant prodige du piano, un adulte qui déchaîna les foules et les passions, un ami de Chopin, Musset, Hugo, Delacroix, Sand, Berlioz et Balzac, et qui consacra la fin de sa vie à faire reconnaître le talent du mari de sa fille, un certain Richard Wagner. Il ne manquait plus qu’une reprise de Grégoire à la Gare Montparnasse et c’était le grand chelem.

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Bastien

Only Ovale Masqué can judge me.

3 réflexions au sujet de « Un personnage de roman »

  1. Le réalisateur de Taxi devait être plus attiré par l’adaptation de la vie de Mourad Boudjellal que de celle de Macron.
    J’avais lu « rien ne se passe comme prévu » et je l’avais trouvé plaisant, intéressant : forcément plaisant de se replonger au cœur de la campagne qui a abouti à la défaite de Sarko et intéressant, bah, c’est une manière polie de dire qu’on s’est pas trop fait chié à le lire. Contrairement à « HHhH », j’ai essayer de le revendre juste après l’avoir lu, pas moyen(et après son quinquennat même un socialiste n’en voudrait pas) et ce truc me prend inutilement de la place sur une étagère. Je crois que ces auteurs en côtoyant ces hommes politiques en pleine campagne se font plus plaisir qu’ils n’en donnent aux lecteurs.

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