Ciné Club Sandwich – A Star Is Born

A Star Is Born de Bradley Cooper (2018)

 

Notation :

Faire un film original : + + +
Faire un remake : –
Faire un remake du remake : – –
Faire un remake du remake du remake : – – –

 

Le synopsis :

Troisième remake du film de William A. Wellman sorti en 1937, A Star Is Born est le premier film réalisé par Bradley Cooper. Il y interprète également le rôle principal, celui Jackson Maine, une star de la country-pop « sur le déclin ». Bon, en réalité, il remplit des salles immenses et il suffit qu’il aille dans un bar pour entendre une de ses chansons à la radio donc au niveau de sa carrière, c’est pas Tom Frager non plus. Mais du point de vue de la forme physique par contre, le terme « déclin » semble en effet adapté puisqu’en plus d’être vieillissant, alcoolique et drogué, il est à moitié sourd.

C’est donc à 5 grammes et dans un bar de drag-queens qu’il rencontre Ally (Lady Gaga), une jeune chanteuse douée qui trouve que la vie est injuste parce qu’on ne peut pas devenir une star de la musique quand on a un grand nez. Jackson, séduit par son sens de l’observation, son tempérament et sa capacité à écrire des phrases qu’on aimerait noter dans l’agenda qu’on avait en 4ème, décide de la prendre sous son aile. Il la fait monter sur scène à ses concerts, ils officialisent leur relation et il contribue à faire décoller sa carrière.

Mais, avec le succès grandissant d’Ally, les deux amoureux s’éloignent de plus en plus. Non seulement Jackson ne réussit pas à vaincre son alcoolisme, mais en plus, il voit d’un oeil assez critique les choix de carrière de la jeune femme. Encouragée par un manager qui la formate pour l’industrie de la musique, Ally troque sa simplicité et son naturel contre une nouvelle couleur de cheveux, des danseuses et une musique dance aux paroles douteuses. Ça serait quand même dommage qu’une chanteuse talentueuse et atypique devienne un produit ultra-marketé et sans aucune originalité quand même. Vous savez, une chanteuse genre… Lady Gaga par exemple ?

 

–  You’re my Wondeeerwaaaaaaaaaall

– Bébé il est 17h30, t’es à 3 grammes et j’ai un DM de maths à finir pour demain, tu peux fermer ta gueule s’il te plait ?

 

Points forts :

  • Voir Lady Gaga sans maquillage et habillée de manière à peu près normale, c’est comme voir Andy Serkis autrement qu’en singe en image de synthèse : c’est rare mais c’est pas désagréable.
  • Lady Gaga chante bien (en tout cas quand elle ne se met pas à gueuler comme une vulgaire Lâam ou qu’elle ne ponctue pas chaque fin de couplet par quinze secondes de vocalises). Pas vraiment une surprise mais entendre sa voix « naturelle » est assez rare si on ne la connait que via ses tubes.
  • La reconstitution des concerts est plutôt prenante et réussie, même s’il est flagrant que Bradley Cooper ne sait pas jouer plus de trois accords à la guitare et que les mecs ont galéré pour ne jamais cadrer ses mains pendant les parties un peu techniques des morceaux.
  • Le moment où Lady Gaga chante « La Vie en Rose » vous fera décomplexer sur vos interprétations « yaourts » de chansons en anglais. Même en connaissant très bien la chanson, on ne reconnait que quatre ou cinq mots sur deux couplets.
  • S’il comporte son lot de passages cuculs, le film n’hésite pas non plus à basculer dans le drame et prendre une dimension plus grave qui le fait un peu sortir de la comédie romantique classique à l’eau de rose. En même temps, une comédie romantique sans Hugh Grant aurait-elle vraiment un sens ?
  • Quand Lady Gaga est en tournage, elle ne fait pas un nouvel album.
  • Quand Bradley Cooper est en tournage, il ne fait pas un nouveau Very Bad Trip.

 

« Désolé Monsieur j’ai pas de monnaie ou de clope mais je peux vous donner un paquet de petits pois surgelés si vous voulez. »

 

Points faibles :

  • Heureusement que la partie « satire et critique du monde de la musique » reste assez légère et superficielle parce qu’avec Lady Gaga dans le rôle titre, ça aurait vite pu être vécu par le spectateur comme du foutage de gueule. D’ailleurs, pour des raisons de crédibilité scénaristique, à aucun moment Ally ne met une robe de viande juste pour faire parler d’elle. Parce que franchement, qui ferait ça, hein ?
  • Le film se perd parfois dans des pistes qui n’ont pas grand intérêt puisqu’elles sont seulement survolées (l’intrigue avec le grand frère et le père de Jackson par exemple). C’est bon, on a bien compris qu’il était torturé, pas la peine d’en faire des caisses, le film dure déjà beaucoup trop longtemps (plus de 2h15 pour info).
  • La mésaventure de Jackson aux Emmys est toujours moins gênante que certains plans du film (notamment le gros plan sur le visage de Lady Gaga avec la larme qui coule au ralenti sur sa joue). Et globalement, certains effets de mise en scène sont vraiment trop appuyés pour faire chialer, même Jean-Michel Maire est moins lourd.
  • Les deux personnages sont censés être des « songwriters » de talent mais au niveau des paroles, ça ne vole quand même pas bien haut (mention spéciale à la dernière chanson qui ferait passer un titre d’Hélène Ségara pour du Barbara).
  • Dans les trente premières minutes, le film s’attache à nous vendre une Ally idéaliste et authentique mais dès que le succès arrive, les trucs qui l’excitent le plus c’est de jouer devant beaucoup de monde, passer à la télé, et être nommée aux Emmys. Pour la cohérence on repassera (et c’est dommage parce que cet aspect de sa personnalité et son incompatibilité avec le show-business était le plus intéressant à traiter).
  • Choisir le suicide par pendaison alors qu’aux Etats-Unis tu peux échanger un flingue contre un paquet de Dragibus, c’est pas très cow-boy.

 

Moi essayant de trouver des points forts à ce film. 

 

Le Saviez-vous :

Si vous arrêtez de vous raser et de vous couper les cheveux, vous avez plus de chances de ressembler à un SDF qu’à Bradley Cooper. Sauf dans le cas où vous êtes vous même Bradley Cooper.

 

Les conditions idéales pour regarder ce film :

Ivre, pour être dans la thématique du film (et le faire passer plus vite).

Lady Gaga s’en sort très bien dans ce rôle à contre-emploi de la songwriter inspirée

 

Ce qu’il faut en retenir :

La vie de rockstar multi-millionnaire, c’est difficile.

 

Si vous avez aimez ce film, vous aimerez aussi :

Affréter un jet privé à une meuf que vous avez rencontré la veille pour ne pas qu’elle se tape la Ligne 13 pour vous rejoindre à votre concert.

Avoir des fêlures.

Porter des couches.

Dire des trucs méchants à vos proches et les faire pleurer. Puis pleurer en s’excusant d’avoir dit des trucs méchants.

Pleurer, de manière générale.

La version originale (et les précédents remakes) de ce film ?

 

Bon… t’es vraiment la première personne à qui je la joue alors sois indulgente. Cette chanson s’appelle « Droit de réponse ». 

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Bastien

Only Ovale Masqué can judge me.

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5 réflexions au sujet de « Ciné Club Sandwich – A Star Is Born »

  1. Critique intéressante. Un peu dommage néanmoins de résumer LG à ses anciens tubes (Bad Romance, Poker face) ou à la fameuse Meat Dress qu’elle n’a mis qu’une fois…En 2010.

    Idem pour ses capacités vocales: Ca fait un moment qu’elle ne se cache plus derrière la musique Pop formatée. Elle a sorti un album de reprises Jazz en 2014 en duo avec Tony Bennett (« Cheek to Cheek » pour le nom). Par ailleurs, son dernier album Pop « solo » en 2016, « Joanne », était teinté de Country et de Folk, avec la voix naturelle, sans Autotune pour la Dame.
    En fait, j’ai l’impression que seuls les Amerloques et les Anglais ont suivi l’amélioration de LG au niveau de son évolution musicale ces dernières années. Les Français sont restés un chouilla bloqués sur l’ancienne LG, c’est étrange.
    D’ailleurs, le passage de Ally à la Pop formatée est un énorme clin d’oeil à Stefani Germanotta (Lady Gaga), qui avec son piano, chantait de l’acoustique, du cabaret et du Glam-rock avant de devoir se transformer en LG, pour pouvoir décoller dans l’industrie du disque, suite aux nombreux refus qu’elle a essuyé. On comprend d’autant mieux pourquoi Bradley Cooper la voulait absolument pour le rôle féminin, puisqu’il s’agissait de remettre en cause l’industrie du disque et la façon dont elle formate les talents en essayant de liquider leur identité musicale de départ.

    Pour autant, votre critique est sympa, voire plutôt marrante ^^. Mais il aurait été encore mieux d’avoir tous les éléments (que j’ai cité auparavant) pour comprendre d’avantage le film, et surtout, pour ne pas rester bloqué sur l’ancienne LG.

    1. Salut Diego,

      Déjà merci d’avoir lu jusqu’au bout et d’avoir développé un argumentaire construit et sans agressivité, c’est rare sur Internet et ça fait toujours plaisir.

      J’avoue que mes connaissances en Lady Gaga sont limitées à ce que j’en entends dans les médias et je n’ai pas suivi assidument sa carrière. Les débuts ne m’avaient pas trop donné envie en même temps. Et après, 90% du temps, quand j’entendais parler d’elle, c’était plus pour de la promo/des coups de com’ ou des polémiques que pour sa musique. Comme si, ironiquement, le personnage qu’elle a façonné pour lancé sa carrière finissait par se retourner contre elle. Mais après je n’ai vraiment jamais douté de son talent « brut ». Elle chante bien, c’est une bonne musicienne, etc, aucun problème là dessus.

      Mais, même si je conçois tout à fait que sa carrière ne se limite pas à ses premiers albums (et ma critique était donc peut-être un peu gratos et dure) , j’ai du mal à comprendre la logique de la prendre pour se premier rôle. À la limite, si ça avait été un film plus « engagé » (je mets des guillemets parce qu’il ne s’agissait pas non plus de faire un film avec Vincent Lindon) et que la critique du formatage de l’industrie du disque avait été poussée jusqu’au bout avec Lady Gaga en porte étendard du « Mea Culpa ne faites pas comme moi », je ne dis pas… On lui aurait reproché de cracher dans la soupe mais ça aurait été courageux de sa part. Sauf que là, même si le film évoque le sujet, il se recentre vite sur l’alcoolisme de Jackson et le personnage de Lady Gaga garde le beau rôle. Le scénario aurait même presque tendance à laisser penser que les critiques de Jackson (que je trouve plutôt légitimes) viennent d’avantage de sa frustration et de ses soucis persos que d’un vrai problème sur l’évolution de la carrière de la jeune femme. D’ailleurs, à la fin, on a pas spécialement l’impression qu’elle va faire des « ajustements » dans la suite de sa carrière et qu’elle va revenir à ce qui a séduit Jackson en premier lieu. Le film conclut l’histoire d’amour, mais pas la question du formatage musical, preuve que ça n’était qu’un élément assez secondaire dans l’intrigue. Et que le choix symbolique de Lady Gaga n’était peut-être pas si indispensable (après peut-être aussi qu’entre l’écriture initiale et le tournage, des choses ont bougé).

      Merci pour ton éclairage en tout cas et à bientôt sur le site peut-être !

  2. Mais enfin putain il parait que c’est un putain de chef d’œuvre !
    Z’allez pas me dire que j’ai eu du nez d’aller voir « première année » plutôt que LE chef d’œuvre du moment une des rares fois ou j’ai été au ciné ces dernières semaines ?

  3. Bonne critique, mais ya des relents de « c’était mieux avant » qui me semblent un peu déplacés dans la mesure où, au-delà du remake, le film apporte des choses intéressantes. Dans le désordre :
    – L’impression générale : on ressort de la séance avec une sensation d’avoir voyagé aux US, c’est une performance en soi et assez peu de films y arrivent comme A Star Is Born le fait. Il y a une certaine patte et un véritable timbre à ce long métrage, avec une palette de couleurs qui se marie plutôt pas mal avec le ton et et l’état de Jack (le bois, l’automne, le froid mêlé à la chaleur qui caractérise les intersaisons)
    – le pouls du film est assez fantastique, surtout le départ et les prises de vues des concerts. Je te trouve très critique sur Cooper et la guitare, moi j’y ai ressenti des choses, au contraire
    – OK sur la longueur, mais pour un premier essai à la réal de Cooper, on a envie delui pardonner, comme une erreur de jeunesse
    – As tu vu le film en VO ? L’accent de Cooper et le timbre de sa voix sont une performance en soi
    – OK sur le virage pop qui est une solution facile et un peu trop obsène pour opposer les styles et ça casse un peu le personnage de Ally et ses convictions

    Je reviens sur l’impression générale que laisse le film -sujet extrémement subjectif-. Tu me parles des paroles un peu niaises. Au delà de les comprendre (en anglais, forcément), tu t’interdis de voyager ou de te laisser aller, à force d’intellectualiser, de chercher un sens à tout ce qui t’est proposé à l’écran.
    Je trouve ça un peu dommage et je t’adresse un petit carton jaune.

  4. J’ai un élément de fond très important à ajouter : il ne s’agit pas des Emmys, qui sont des récompenses tv, mais des Grammys.
    J’avais prévenu que c’était vraiment très important.

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