Retour sur France-Belgique (1-0)

 

Le contexte :

C’est bien beau de faire Bac+15 pour nous expliquer quel ongle pousse le plus vite ou pourquoi les vaches avec un prénom produisent plus de lait, mais un jour il va falloir que les chercheurs se responsabilisent et répondent à une question vraiment pertinente et qui reste en suspens depuis des décennies : comment et pourquoi l’être humain est capable de se mettre dans tous ses états pour une simple rencontre sportive ?

Car jusqu’à présent, aucune démonstration scientifique n’a été capable d’expliquer précisément ce qui a poussé la moitié de la population française à se mettre en PLS dès 14h mardi, espérant vainement que le temps s’accélère et que la demi-finale de la Coupe du monde face à la Belgique ne démarre enfin.

Un long après-midi (si ça n’est plusieurs jours) d’attente et de stress, où chacun imagine tous les scénarios possibles dans sa tête, de la victoire éclatante à la défaite humiliante, en passant par la perspective angoissante des tirs au but ou du premier but d’Olivier Giroud dans la compétition (mais contre son camp). Et plus l’heure avance, plus la pression augmente, et plus les réactions et les comportements des uns et des autres se font imprévisibles et inattendus.

Au détour d’un couloir vers 15h30, vous surprenez votre stagiaire aux toilettes, en train de se repasser en boucle la vidéo du but de Pavard face à l’Argentine.

À 16h45, pendant une pause-clope (la 13ème depuis le début de la journée), un de vos collègues émet des réserves sur le dispositif tactique adverse. Sûr de lui, il vous explique comment le passage d’une défense à trois à une défense à cinq est risqué pour les Belges quand on connait la vitesse et le potentiel des Français en contre. Ce même collègue qui râle contre le foot toute l’année et qui s’étonnait par ailleurs au début de la compétition que Neymar joue avec le Brésil alors qu’il était persuadé d’avoir lu sur Internet qu’il avait signé au PSG (pour une somme indécente, évidemment). Mais il a L’Equipe sous le bras et son analyse vous rassure, donc vous buvez ses paroles comme si c’était Zizou lui-même qui vous posait la main sur l’épaule en vous assurant que tout allait bien se passer.

À 17h30, Catherine de la compta vient vous engueuler parce que vous avez mal rempli vos notes de frais. Elle pourrait être crédible si elle n’avait pas des drapeaux bleu-blanc-rouge plein la gueule.

À 18h30, vous êtes chez vous, assis sur le canapé, le regard dans le vide, vous demandant comment occuper l’heure et demi qui va venir. À 18h33, vous courrez partout ; vous préparez la table, la bouffe, l’alcool et commencez à paniquer à l’idée de ne pas avoir tout fini à temps. À 18h39, vous avez finalement tout fini à temps et vous vous rasseyez sur le canapé.

À 19h, vous allumez la télé pour vérifier qu’elle fonctionne. Il n’y a aucune raison que ça ne soit pas le cas, mais on sait jamais. Vous avez même une petite angoisse à l’idée que TF1 puisse être devenu payant dans la dernière demi-heure. Dans le doute, vous souscrivez à beIN Sport, MyCanal et Cartoon Network.

À 19h40, le son de la télé (des pubs plus précisément) résonne dans la pièce. Vous avez poussé le volume au maximum, pour « ne pas rater les hymnes », quand bien même ils n’auront lieu que dans 15 minutes.

À 19h59, après vous être époumoné sur « La Marseillaise » et insulté Emmanuel Macron en le voyant apparaître en tribunes, vous vous rasseyez sur votre canapé. L’inquiétude et le stress qui vous ont rongé tout l’après midi disparaissent peu à peu pour laisser place à une excitation indescriptible, mêlée d’impatience et de détermination. Vous êtes prêt. Le coup d’envoi peut être donné.

La compo :

 

 

Le film du match :

01’ : Les Bleus démarrent bien et font tourner le ballon tranquillement, sans vraiment chercher à attaquer. De leur côté, les Belges contiennent les Français sans non plus vraiment chercher à récupérer la balle. Une minute passe, puis deux. À la troisième, on entrevoit déjà le 0-0 et les tirs au but.

05’ : Les Belges mettent enfin le pied sur le ballon et commence à attaquer. À partir de l’instant où ils passent la ligne médiane, les angoisses qui ont rongé votre journée et dont vous pensiez vous être débarrassé au coup d’envoi réapparaissent. Mauvaise nouvelle, à part si la France mène par six buts d’écart à 10 minutes de la fin, vous ne réussirez pas complètement à vous en défaire.

12’ : Sur un ballon de récupération, Pogba fait une longue passe en profondeur pour Mbappé. Courtois anticipe et parcourt les cinq mètres qui le séparent de la limite de sa surface de réparation en quelques secondes. C’est d’ailleurs à peu près le temps qu’il faut à l’attaquant parisien pour faire quarante mètres et obliger Courtois à s’emparer in-extremis de la balle.

15’ : Hazard réplique et, après un retour intérieur, frappe à l’entrée de la surface. N’est pas Robben qui veut, ça passe devant le but.

17’ : Vous avez affreusement envie de pisser. Ces six bières descendues avant le début de match pour décompresser n’étaient peut-être pas une bonne idée. Mais vous savez bien que le destin est farceur, et que si vous quittez votre siège, vous allez rater un truc important (comme une touche).

19’ : Nouvelle frappe de Hazard, cette fois ci c’est Varane qui la détourne en corner. Les Français subissent beaucoup et jouent à se faire peur. À croire que l’équipe est sponsorisée par l’amicale des gastro-entérologues et que les joueurs vont toucher un pourcentage sur toutes les consultations facturées à leurs supporters pour cause d’ulcère à l’estomac.

21’ : Sur un corner belge, Alderweireld récupère le ballon dans la surface, se retourne, et déclenche une frappe soudaine. Lloris s’élève au dessus du sol, reste en lévitation quelques instants, fait un petit sourire vers les photographes derrière le but puis s’allonge sur sa droite pour sortir le ballon en corner. En se relevant, le gardien de Tottenham fouille dans sa poche et en sort une libellule dans laquelle il croque goulûment.

27’ – 40’ : Les Français reprennent peu à peu le contrôle du match. En quelques minutes, Giroud place une tête non cadrée, Griezmann frappe au dessus, puis Courtois sort un superbe arrêt face à Pavard, qui de toute façon, refuse maintenant d’inscrire des buts de moins de 25 mètres.

38’ : Pendant que personne ne regarde, le Gouvernement fait passer 13 nouvelles lois controversées, François Hollande fait des roues arrières en scooter et sans casque dans les rues de Paris et Laurent Wauquiez passe à deux doigts de dire quelque chose d’intelligent.

43’ : Pogba obtient un bon coup franc mais Griezmann envoie le ballon dans le mur, composé de Lukaku, Fellaini et Dembélé (ce qui le classe juste derrière le Mur de Game of Thrones au niveau des dimensions).

45’ : C’est la mi-temps. L’occasion pour les supporters de s’hydrater, d’aller faire un tour sur Twitter pour admirer la créativité des mecs qui insultent Giroud ou s’écharpent pour savoir sir Griezmann est nul ou indispensable.

 

Quand tu aperçois Thauvin en train de s’échauffer au bord du terrain

 

47’ : À la reprise ce sont les Belges qui se montrent les plus entreprenants, au grand dam d’Emmanuel Macron qui aimerait que les Français ubérisent un peu plus leurs efforts pour cuter les process belges via du deep learning et un top-down management de Didier Deschamps.

48’ : Lukaku réussit à placer une tête qui passe au-dessus du but de Lloris. À ce moment du match, Lukaku n’est ni plus ni moins qu’un Olivier Giroud sans la moitié de l’apport défensif du Français.

53’ : Sur une frappe de Giroud détournée, la France obtient un corner. Griezmann le tire au premier poteau et Samuel Umtiti surgit. Il devance Fellaini et propulse le ballon de la tête au fond des filets. La France mène 1-0.

55’ : Mbappé sert Giroud dans la surface d’une sublime talonnade. Les Belges, qui n’aiment décidément pas le foot, gâchent le geste du mondial en contrant au dernier moment la frappe de l’attaquant français.

65’ : La tête de Fellaini ne passe pas loin du but français. Enfin, quand on dit que « sa tête ne passe pas loin », on parle évidemment du ballon. Parce que techniquement, la tête de Fellaini est restée à 4 ou 5 mètres du but, ce qui n’est donc pas exceptionnel. N’est pas Mr Fantastique qui veut.

67’ : Les Français jouent clairement la carte de la défense et de la contre-attaque. À tel point qu’on est pas loin de surprendre Lloris en train de repeindre les lignes de buts un peu plus loin sur le terrain pour reculer encore un peu son but.

70’ : Les Belges commencent à s’agacer. Hazard et Alderweireld prennent des cartons jaunes pour des fautes grossières qui viennent annihiler les contres français (un peu comme ces tacles bien sales et par derrière que tu fais sur Fifa quand tu vois que c’est cuit pour la victoire).

75’ : Kevin De Bruyne tente sa chance de loin. Le ballon s’envole et termine dans le but du stade olympique de Moscou. Malheureusement, le match se joue à Saint-Pertersbourg.

80’ : Au tour de Witsel de tenter de sa chance avec une frappe surpuissante de l’extérieur de la surface. Lloris boxe la balle des deux poings et perd trois centimètres de longueur à chaque bras.

 

Les Français pendant la fin du match

 

85’ : Matuidi prend un KO et devient un mème pour la 425ème fois depuis le début de sa carrière.

87’ : Un supporter français bat le record d’apnée en respirant pour la première fois depuis 18 minutes.

90’ : L’arbitre uruguayen annonce six minutes de temps additionnel. Depuis les tribunes, Emmanuel Macron donne l’ordre d’envahir l’Uruguay.

92’ : Mbappé gagne du temps sur une touche puis se fait bousculer par les Belges, forcément un peu tendus. Le Parisien s’écroule et prend un carton jaune pour anti-jeu. Sur cette action, il perd 80 points de crédibilité et de sympathie mais il fait gagner 12 secondes à la France (ce qui fait que ça valait largement le coup évidemment).

94’ : Sur une contre-attaque, Antoine Griezmann passe à deux doigts de tuer le match mais Courtois sauve son équipe.

95’ : Au tour de Corentin Tolisso de perdre un duel face au gardien belge qui maintient son équipe en vie et devient donc la personnalité footballistique la plus détestée des Français juste derrière Materazzi, Domenech et Giroud/Benzema (ex-aequo).

96’ : C’est terminé. La France est en finale de la Coupe du monde. Sachant qu’en France, une personne meurt toutes les minutes environ, ayons une pensée pour les 6 900 Français qui ne passeront pas la fin de la semaine et n’assisteront pas à ça (j’ai pas trouvé plus glauque comme fin de compte-rendu).

 

Les points positifs :

  • La mentalité de ce groupe est incroyable. On a beaucoup ironisé sur les éléments de langage à base de « Le groupe vit bien », répétés à outrance par les joueurs depuis le début de la compétition, mais force est de constater que la solidarité qui s’est dégagée du match hier fait plaisir à voir. La concurrence est tellement saine qu’ils pourraient probablement faire un tournoi de Mario Kart sans tous se détester à la fin.
  • Pour l’instant il vise aussi bien qu’un méchant dans un jeu-vidéo mais vous allez voir que Giroud va marquer en finale et devenir le plus bel exemple de rédemption et de fermage de bouches depuis Severus Rogue.
  • Si jamais Matuidi se blesse, Griezmann ferait un excellent milieu défensif.
  • 200 000 ans que l’Homo sapiens peuple cette planète et on vit à la même période que N’Golo Kanté. Elle est pas belle la vie ?
  • Quel que soit le résultat dimanche, vous aurez une bonne excuse pour arriver au bureau encore bourré lundi matin.
  • Une semaine de plus à suivre les aventures du Winchester FC. En espérant une ambiance sud-américaine sur les Champs dimanche pour fêter la montée du club en Premier League.

 

Quand tu réalises que tu vas jouer avec Cristiano Ronaldo en attaque après avoir passé un mois et demi avec Olivier Giroud. 

 

Les points négatifs :

  • Petite désillusion après le match : alors qu’on les trouvait sympathiques et jovials (quoiqu’un peu gênants par moment), les Belges et leurs supporters nous ont prouvé qu’ils pouvaient être au moins aussi cons que nous.
  • Kanté a pris un carton jaune et j’ai ressenti la même désillusion et injustice que le jour où on m’a annoncé que le Père Noël n’existait pas. À 15 jours d’intervalle en plus, ça commence à faire beaucoup.
  • Benjamin Pavard n’a pas mis de demi-volée de trente mètres. Décevant.
  • On est à 90 minutes de se taper du Magic System tout l’été.
  • Des gens comparent les Bleus à l’équipe d’Italie d’il y a quelques années (vous savez, celle qu’on adorait détester) et ils n’ont pas vraiment tort.
  • Le stress, l’attente : on est reparti pour quatre jours d’angoisse totale. Pensée pour les Espagnols qui ont l’esprit tranquille et sont en vacances depuis quinze jours.
  • Encore 5 jours à supporter des personnes expliquant que Griezmann n’apporte rien parce qu’il ne marque pas de buts.
  • En finale, on va donc affronter une équipe qui a eu toutes les peines du monde à battre trois équipes bien plus faibles que toutes celles qu’on a rencontré à partir des 8ème, qui a joué trois prolongations, et qui a eu un jour de repos que moins que nous. Autant dire que c’est quasiment impossible de perdre (un peu comme une finale contre le Portugal avec Cristiano Ronaldo qui se blesse au bout de 15 minutes).

 

Le saviez-vous :

  • Les Belges sont un peu mauvais joueurs.
  • La moustache de Rami est le nouveau porte bonheur des Bleus qui la touchent avant chaque match. Prenons un instant pour nous réjouir de la mode de l’épilation pubienne chez les hommes.

 

Quand tu savoures les larmes des joueurs Belges et de leurs supporters après le coup de sifflet final

 

Ce qu’il faut en retenir :

ON EST EN FINALE ! ON EST EN FINALEUUUH ! ON EST, ON EST, ON EST EN FINAAAAAALE.

 

Si vous avez aimé, vous aimerez :

  • Sortir un drapeau français sans avoir peur d’être pris pour un militant FN.
  • Klaxonner toute la nuit pour faire chier votre voisin sans qu’il ne puisse se plaindre.
  • Gérard Collomb (non je déconne, la communion nationale a ses limites).
  • Prendre rendez-vous chez votre cardiologue.
  • Regarder Les Yeux dans les Bleus tous les jours jusqu’à dimanche.
  • Faire des screenshots de tous les tweets/commentaires FB des personnes qui disaient avant la compétition que Deschamps était un coach en bois et qu’on ne serait jamais champions du monde sans Benzema et avec ce groupe des 23.

 

Bonus :

Une blague belge offerte par Copareos (je précise que c’est de lui parce que j’ai honte, pas parce que je suis scrupuleux sur le droit d’auteur) : Pourquoi les Belges ne font-ils pas de ski nautique ? Parce qu’ils n’ont pas de lac en pente.

 

Quand t’es bourré en boite et que t’entends les premières notes de « Single Ladies »

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Bastien

Only Ovale Masqué can judge me.

7 réflexions au sujet de « Retour sur France-Belgique (1-0) »

  1. J’ai pas lu ! et je lirai pas tant que j’aurai pas mon compte rendu de France Uruguay. Je veux lire la saga dans l’ordre, après on se mélange les pinceaux et on comprend plus rien

  2. Si je peux me permettre, avant la 1ère minute de jeu, y’a la zérotième : au coup d’envoi, Mbappé qui plante tout le bobard monté sur sa blessure en débordant 2 défenseurs pour quasi aller marquer le but le plus rapide de l’histoire de la Coupe du Monde…

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