Ma vie formidable avec le TDAH

Bonjour. Aujourd’hui je souhaiterais vous entretenir d’un fléau que rencontrent bon nombre de nos contemporains mais qui reste cependant assez méconnu : le Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité, appelé plus communément le TDAH. Vous avez certainement entendu, à la sortie de l’école, de mauvaises mères bitcher sur l’enfant d’une autre (car les enfants insupportables n’ont pas de père, comme vous le savez) en disant « C’est un vrai petit con ! ». Si une bonne âme venait à passer dans le coin, elle lui rétorquerait gentiment : « Mais non ! Il est hyperactif ! » Or, une étude de 2011 (Lecendreux et al., 2011) a révélé que, chez les enfants de 6 à 12 ans en France, seuls 3,5% ont un TDAH. Les autres sont des petits cons. Les statistiques ne sont donc pas favorables au petit Martin.

Mais le fléau sur lequel je voulais attirer votre attention, c’est que 60% des enfants qui présentent un TDAH verront leurs symptômes persister à l’âge adulte (selon le DSM IV-R, 2000). Or, quand on aime les enfants, même s’il ne s’agit pas des nôtres, il est possible de leur pardonner leur chahut, leur inattention, leur impulsivité, bref, tout ce qui nous fait d’ordinaire détester les enfants. Mais observer ces symptômes chez un adulte est une toute autre affaire.

Hyperactivité et impulsivité

Un des symptômes phare du TDAH est ce qu’on appelle l’hyperkinésie ou, comme disait ma grand-mère, la « bougeotte ». Si on tolère un enfant turbulent qui court partout, se lève 100 fois de table sous des prétextes douteux tels que « j’en ai marre d’être assis » ou qui joue dans la maison avec une balle rebondissante, cette hyperkinésie est bien moins acceptée chez un adulte. J’ai par exemple eu toutes les peines du monde à expliquer pourquoi et comment j’avais cassé la table basse en montant dessus. Pourquoi marcher sur une table basse ? Comment ? Quel cas de force majeure m’obligeait à monter dessus ? Comment une table basse de ce prix ne peut-elle pas résister à une pression de 46kg ? Je n’ai pas de réponse. J’étais au téléphone, assise sur le canapé depuis 2 bonnes minutes, et en me relevant, j’ai voulu allumer une bougie, engagée dans une conversation fascinante. Le plus court chemin entre moi et la bougie passait par la table basse. Je suis donc montée sur la table basse. Keskya ? Il y a eu un petit moment de flottement au téléphone au moment de l’accident quand je coupai ma copine qui me racontait une discussion avec son mec (« accident », « discussion »… ça fait beaucoup d’euphémismes pour une seule phrase).

–          « Meeeerde »

–          « Keskispasse ? »

–          « J’ai pété la table basse »

–          « Mais comment t’as fait ?! »

–          ….

–          ….

–          « Bon. Et du coup qu’est-ce qu’il t’a dit ? »

–          « Bah il a dit « Banco ! » »

Et l’épisode de la table basse était clos. Le mec avait dit « banco » et toute mon attention s’est donc mobilisée vers cette nouvelle incroyable. Jusqu’au lendemain matin où j’ai dû m’expliquer auprès du copropriétaire de la table basse dont je salue chaque jour la patience et le courage de vivre avec moi. Car s’il n’y avait que la table basse…

 

Si vous me demandez ce que j’ai en fond d’écran, je ne peux pas vous répondre.

L’inattention

Mercredi, 17h23

–          « Maman, c’est l’heure du foot. On va au foot ? On va au foot ! On va au fooooooot !! Maman on va au foot ?!? »

Si un parent présente un TDAH, il y a 57% de risque pour que son enfant le développe également (J. Biederman et al. – 1995).

Mercredi, 17h24

–          « Maman, t’oublies pas le certificat pour le foot. Foot, foot foot. T’oublies pas hein ? Sinon j’pourrai pas jouer. T’oublies pas le certificat hein ? »

Mercredi, 17h24 et 37 secondes

Toute mon attention est portée vers cette saloperie de certificat médical que j’ai obtenu de haute lutte au prix de trois rendez-vous chez le médecin qui la première fois ne l’avait pas signé, la seconde fois m’avait laissée repartir sans et la troisième fois m’avait dit « Quand on n’a pas de tête… Haha ! ».

Mercredi, 17h25

Je mets mes chaussures pour accompagner mon enfant à son activité extra-scolaire qui, si vous avez bien suivi est LE FOOT. Et toutes mes facultés mentales sont soudainement détournées vers le fait que :

–          mon fils a du Nutella collé au coin de l’œil,

–          j’aime décidément vraiment ces nouvelles chaussures que je peux porter avec TOUT c’est vraiment trop super,

–          je n’ai toujours pas reçu de coup de fil du livreur pour le nouveau lave-vaisselle, qu’est-ce que c’est chiant la vie sans lave-vaisselle, comment elle faisait Mamia ? Elle ne bossait pas. Elle avait le temps. En fait son boulot c’était de faire la vaisselle. C’est triste quand même. On n’a jamais parlé de la condition féminine elle et moi. C’est dommage, j’aurais bien aimé avoir son sentiment sur le sujet.

Mercredi, 17h29

Je suis devant le terrain de foot, à l’heure, sans le certificat, avec un fils au Nutella qui fait la gueule.

 

Si en lisant ce texte vous ne pensez pas à ce que vous faisiez le 12 juillet 1998, vous êtes une
personne saine d’esprit. Je vous félicite.

Epilogue

En écrivant ce texte : je me suis levée 4 fois pour me resservir une tasse de thé, la troisième fois j’ai dû le réchauffer un peu au micro-ondes donc en attendant j’ai commencé à faire un petit brin de vaisselle et j’ai oublié la tasse dans le micro-ondes du coup c’était trop chaud alors j’ai dit « merde » j’ai soufflé sur le thé, j’ai éclaboussé, du thé est tombé par terre et je me suis dit que la cuisine était vraiment dégueulasse et c’est à peu près dans ces eaux-là que j’ai oublié que j’étais en train d’écrire un texte. Après avoir essuyé le thé par terre, je me suis relevée pour me remettre à la vaisselle et, après avoir lavé deux verres je me suis souvenue que j’étais en train d’écrire un texte. Je me suis rassise à mon bureau, j’ai écrit un peu. Un voyant vert clignotait à ma gauche, provenant de mon téléphone. Mais je restais concentrée coûte que coûte. Au bout de 37 bonnes secondes, n’y tenant plus, j’ai regardé mes messages sur Messenger. De fil en aiguille j’ai stalké un mec, j’ai cliqué sur un lien sur la protestation des gilets jaunes et quelques minutes plus tard j’ai eu envie de créer un nouveau parti politique écologiste et j’ai ré-oublié mon texte. Je suis allée me faire un café qui était très chaud donc j’ai soufflé dessus. Impression de déjà-vu. Je me suis re-rendue compte que j’avais ré-oublié mon texte.

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