Ramasser des champignons

Citations :

« Pendant la guerre, on a dénoncé des juifs, mais on n’a jamais donné les coins à champignons ! »

« Il y en a deux trois qui sont partis aux champignons et qu’on n’a jamais revus…
–       Ah ben ça les champignons quand on connaît pas… »

 

Notation :

Promenons-nous dans les bois ++
Poésie de l’automne +++
Gastronomie ++
Gastroentérite —
Légendes urbaines +++++++++++++

 

Protocole :

Prendre votre voiture, rejoindre la maison de campagne familiale, puis suivre une petite route qui serpente entre les bois et s’arrêter en lisière de forêt, à l’endroit où part un sentier. S’assurer que personne ne vous suit. S’avancer alors discrètement vers un « coin à champignons », espèce de zone miraculeuse dont l’emplacement secret ne se transmet qu’à mi-voix depuis des générations. Armés de bottes, d’un panier et d’un couteau de poche, parcourir le bois les yeux rivés au sol afin de découvrir cèpes, girolles et autres champignons. En remplir son panier. Effectuer le tout dans la plus grande discrétion pour ne pas dévoiler votre précieux coin. Faire rager ceux qui n’ont rien trouvé.

 

La cueillette aux champignons est aussi l’occasion de profiter une dernière fois des merveilles de la nature sur le point de disparaitre : un sous bois condamné par un chantier d’autoroute, les feuilles qui s’apprêtent à tomber des arbres, et, au détour d’un chemin, un groupe de vieux. 

 

Les points forts :

  • Connaître les coins à champignons vous donne un petit aspect mystérieux, vous aurez l’impression de détenir une part de la vérité qui n’est pas accessible aux simples mortels. Un peu comme si vous saviez vraiment ce que cachent les illuminatis et la CIA dans la zone 51. (en vrai ils cachent leur coin à morilles)
  • Aller faire chier votre pharmacien pour lui demander quels champignons sont comestibles. En théorie, il a eu un semestre de mycologie en 2ème année. Vu qu’il a eu l’examen en bachotant et que ça fait 20 ans qu’il vend des merdouilles « tonifiantes », du dentifrice, des bonbons au miel et des couches, il devrait bafouiller.
  • Les champignons c’est bon. Méprisez ceux qui achètent le kilo de cèpes 40 balles en engouffrant des quantités gargantuesques.
  • Le droit de passage est de façon générale libre sur le territoire français. Officiellement le propriétaire du terrain est le seul propriétaire des différents fruits de son terrain, y compris les champignons. Néanmoins, pour une cueillette raisonnée, il est en général admis de ramasser les champignons qu’on trouve. Évitez les espaces clôturés, restez dans les limites du raisonnable c’est à dire laissez-en pour les autres, ne ratissez pas la forêt.

 

Les points faibles :

  • Les champignons, faut connaître quoi. Si certains vous causeront un simple mal de ventre, d’autre sont suffisamment toxiques pour tuer. Si vous n’y connaissez rien, demandez. Ou abstenez-vous.
  • Vous pensiez que les discussions pour savoir s’il fallait dire chocolatine ou pain ou chocolat étaient pénibles ? N’allez jamais faire un tour sur les groupes ou les forums spécialisés pour demander l’identification de votre dernière trouvaille. Chaque espèce dispose de 50 noms à usage local.  Certains sont très rigolos, il faut l’avouer tel le « satyre puant ». Mention spéciale à la dénomination « merde de clown » inventée par mon père pour décrire les amanites tue-mouche.
  • Mieux encore : Les noms des champignons changent presque tous les jours et certains qui étaient considérés comme comestibles sont devenus mortels. Preuve s’il en est que personne n’y comprend rien et encore moins les mycologues aguerris.
  • Qui prend plaisir à s’aventurer dans les bois en octobre alors qu’il y fait froid et humide ? Sérieusement ?
  • On ne va pas se mentir votre super coin ultra secret est en réalité connu par une dizaine de personnes.
  • En règle générale, même si vous vous la pétez en vous disant que vous connaissez les champignons, vous ramassez 3 ou 4 variétés maximum, parce qu’on a toujours fait comme ça dans la famille (chez moi c’est cèpes de bordeaux, girolles jaunes, girolles grises, pieds de mouton et c’est tout). Vous dédaignez donc pas mal d’espèces comestibles. Néanmoins, si vous vous sentez une âme d’aventurier relisez le point 1 de ce paragraphe.

 

Attention à ne pas confondre un champignon avec une maison de schtroumpf

 

Le saviez-vous ?

  • Le champignon n’est pas une plante à proprement parler. Ni un animal. Mais plutôt un organisme entre les deux. Dans le monde vivant le champignon est donc le non-binaire casse couille qui poste des threads du type « assimiler la girolle à une plante, pourquoi est-ce problématique ?».
  • Le champignon est un organisme beaucoup plus vaste que ce que l’on croit. Il est composé d’un très grand réseau souterrain, souvent en symbiose avec les arbres alentour. Ce que nous appelons « champignon », est en réalité un sporophore (j’ai cherché sur Wikipédia) la partie mangeable hors du sol, et n’est qu’un organe reproducteur destiné à disséminer les spores de l’organisme. Ceci explique pourquoi les champignons poussent par paquets. Du coup si vous en trouvez un, regardez-bien autour et faites gaffe où vous marchez.
  • La légende urbaine la plus drôle est celle du journal qui ayant fait une double page « Sachez reconnaître les champignons » avait intervertit les légendes entre bons et toxiques. Les lecteurs survivants avaient bien ri.

 

Les conditions idéales pour aller aux champignons :

Le débat est éternel sur les conditions de pousse et de ramassage. : Si vous trouvez que « aujourd’hui les gens croient n’importe quoi avec Internet » écoutez religieusement les anciens vous parler de la pousse des champignons. Phase de la lune, type d’arbres, composition du sol, positionnement des astres, météo, nuage de Tchernobyl, passage de sorcières ou de fées (oui, oui), bref, tout et surtout n’importe quoi est sensé expliquer la pousse. En vrai on sait vaguement qu’il faut de la chaleur et de l’humidité, parfois des chocs thermique comme de gros orages, mais on maîtrise très mal les mécanismes. Du coup l’être humain a fait ce qu’il sait le mieux faire dans ce cas : inventer.

Le seul signe fiable pour savoir qu’il y a eu une pousse ? Vous avez une voiture garée dans chaque sentier forestier.

Dans les bois de la famille. Juste pour avoir l’ultime plaisir de répondre au local de base qui vous traite de « putain de gars de la ville qui vient piquer ses champignons », « excusez-moi monsieur, mais vous êtes sur mes terres » (rajouter « et j’ai le droit de pendre n’importe quel gueux qui y braconne » si vous avez le sens de la formule, et une certaine pointe de vitesse au cas-où).

 

Les champignons sont populaires partout dans le monde, y compris dans les festivals de musique (et en Espagne). 

 

Les conditions non-recommandées :

Si vous allez à votre coin en bagnole, choisissez celle qui est immatriculé dans le département, et pas celle de votre cousin qui vit à Paris et qui est arrivé avec son beau SUV immatriculé 75 pour le week-end. Les gens sont cons. Vraiment.

Le jour de l’ouverture de la chasse. Parce que quelque chose qui cherche des champignons, ça ressemble vachement à un sanglier.

Couper Strava ou Runstatic pour cette balade en forêt.

Que la NSA ne géolocalise pas votre coin à champignons.

Mettre de l’ail et du persil dans les cèpes ? Sérieusement ?

 

Ce qu’il faut en retenir :

ON DONNE PAS LES COINS À CHAMPIGNONS.

Si vous avez vraiment envie de vous lancer dans la cueillette des champignons, achetez un guide à jour et partez à la découverte de votre petit coin de forêt. Inscrivez-vous à la société mycologique de votre région, ils organisent des sorties apprentissages. Évitez toutefois d’être vraiment insistants sur l’identification des psilocybes, ça va finir par se voir.

 

Si vous avez aimé ramasser des champignons, vous aimerez :

  • Les croûtes aux cèpes. Faites sauter vos cèpes à la poêle, réalisez une béchamel, mélangez le tout et versez ça sur du pain de mie grillé (ma grand-mère les faisait revenir au beurre). Battez-vous avez vos voisins pour avoir du rab’.
  • Les cèpes à l’huile et au vinaigre, les champignons façon pickles.
  • Les girolles dans la sauce du rôti du dimanche.
  • L’omelette aux champignons.
  • Les champignons sautés avec des pâtes un peu épaisses, du parmesan (et un peu de crème si vous aimez les carbonara).
  • Les champignons farcis : comme les tomates farcies mais avec des chapeaux de cèpes, revenus dans de la graisse d’oie (jamais goûté mais faut que j’essaye).

 

Si vous avez aimé ramasser des champignons, vous n’aimerez néanmoins toujours pas :

Les mycoses

 

Allez aux champignons pendant les périodes de chasse est l’occasion de cumuler les plaisirs
en transformant la fin de votre petite cueillette en escape game.  

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Pyody

Fan absolu de la Boucherie Ovalie, mais qui ne suit plus le rugby. Du coup je viens écrire ici pour faire mon intéressant auprès d'Ovale Masqué

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6 réflexions au sujet de « Ramasser des champignons »

  1. Les « chanterelles grises » c’est quand même pas les trompettes des morts (de la mort, d’ses morts…) ???
    Y’a quand même des limites au débat pain au chocolat/chocolatine !

    1. Alors clairement avec les champignons, la crème lie bien le tout. Et bien poivrer est pas mal, on peut aussi rajouter du porc, des lardons, ou de la poitrine roulée.

  2. Il y a 4/5 ans des champignons ont commencer à pousser dans mon jardin. Depuis j’ai appris que c’étaient des marasmes des oréades qui poussent en ronds de sorcières, je regarde mon jardin comme si c’était un coin de la Comté.

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