[Tuto] Comment mieux vivre son expérience du coiffeur ?

Grâce à une subtile campagne de lobbying mise en place par la profession au XIXème siècle, le sujet du passage chez le coiffeur reste aujourd’hui largement tabou dans notre société malgré les angoisses et les traumatismes psychologiques qu’il entraîne. Pourtant, d’après un sondage réalisé sur un échantillon représentatif de neuf personnes, il s’agit d’une des principales préoccupations des Français avec le terrorisme et l’héritage de Johnny.   

L’Arrière Cuisine n’ayant pas peur d’aller sur des terrains glissants et polémiques (sauf s’il s’agit du film La Momie avec Tom Cruise), voici un article pour libérer la parole.

 

Quand est-il temps d’aller chez le coiffeur ?

 

Comme expliqué précédemment, le passage chez le coiffeur est un moment angoissant et il est donc naturel de vouloir le repousser (un peu comme le passage du permis ou la mort). Mais vient toujours un moment où votre amour propre, le respect de la dignité humaine et la convention de Genève (quand ça n’est pas les trois en même temps) vous mettent au pied du mur.

Ne pouvant pas compter sur votre objectivité (vous êtes dans un déni absolu, il est temps de l’admettre), il est bon d’apprendre à détecter les signaux faibles qui seront autant d’encouragements autour de vous pour vous inciter à pousser les portes d’un salon de coiffure. En voici une liste non-exhaustive :

 

  • Vos proches vous demandent d’un air innocent (et mal joué) si vous vous laissez pousser les cheveux.
  • Vos proches vous font remarquer qu’ils ne vous ont jamais vu avec les cheveux aussi longs (en prenant un air mi-surpris, mi-impressionné, comme si cette révélation était vraiment exceptionnelle et que vous devriez en tenir compte – en allant chez le coiffeur par exemple).
  • Vos proches vous demandent si votre coiffeur est en prison (ça ne marche que s’ils ont plus de 45 ans).
  • Vos proches ne vous ont pas reconnu la dernière fois que vous les avez croisés dans la rue (attention, si vous avez été chez le coiffeur deux semaines plus tôt, n’y retournez pas, c’est juste qu’ils ne vous aiment pas).
  • Vos proches vous disent que vous êtes moche (ce qui n’est pas très sympa, mais a le mérite d’être honnête).
  • Des métalleux vous font des signes de tête amicaux quand vous les croisez dans la rue.
  • L’ONU a reconnu comme état indépendant une partie de votre crâne et Vladimir Poutine a tenté d’influencer les élections qui s’y sont tenues.
  • Des gens ont porté plainte contre vous.

 

Robert Pattinson, complètement saoulé à l’idée de ne plus être très très beau mais seulement très beau.  

 

Comment choisir son coiffeur ?

 

Si vous faites partie des personnes complètement à l’aise avec l’idée d’être dépossédées d’une partie d’elles-mêmes, vous choisirez probablement votre coiffeur sur des critères complètement objectifs comme la proximité, le temps nécessaire pour obtenir un rendez-vous ou la qualité du jeu de mot autour de « tif » sur le nom de la devanture.

Vous êtes peut-être même prêt à sacrifier un peu de qualité sur l’autel du prix de la session de découpage. Il n’est alors pas impossible que vous finissiez chez un coiffeur à 8 euros, qui officie également comme tatoueur et mécanicien, qui utilise exclusivement une tondeuse (c’est le moment où vous réaliserez que le terme « désépaissir » était peut-être un peu vague) et qui terminera son travail en vous versant une demi-bouteille d’alcool à 90° sur la nuque. Enfin, si vous êtes inconscient, vous irez jusqu’à pousser les portes d’une école de coiffure où vous serez « traité » pour un prix dérisoire et où vous disposerez de tout le temps que durera votre coupe pour réfléchir à la question hautement philosophique du prix de votre dignité. 

Si vous ne faites pas partie des cas de figure évoqués ci-dessus, si votre sens de l’autodérision a des limites, si vous avez l’air d’avoir un an de moins après chaque coup de ciseaux et si la phrase « Oh c’est bon, ça repousse » vous paraît complètement conne, plusieurs critères peuvent influencer le choix de votre bourreau capillaire :

 

Solution n°1 : L’assurance qualitative

Vous tenez à limiter la casse et pour cela, vous êtes prêt à mettre le prix. Vous vous tournez donc en priorité vers des salons dont la notoriété n’est plus à faire et qui tiennent leur nom de leurs illustres créateurs (Franck Provost, Jean-Louis David, Gibert Joseph).

Avantages :

– Vous ne pourrez pas vous empêcher de penser qu’il faut avoir un certain niveau pour être recruté dans ce petit temple de la coiffure et partirez donc avec un a priori positif sur la personne qui vous coiffera.

– Les sosies de Brad Pitt en vitrine, la propreté du lieu et le prix exorbitant vous rassureront sur la qualité du service offert.

Inconvénients :

– Les coiffeurs et coiffeuses envoyés dans ces salons sont souvent intérimaires et donc pas forcément meilleurs que ceux présents dans les autres salons. Navré pour ceux qui imaginaient un processus de sélection en six épreuves, façon « La Nouvelle Star de la coupe au bol ».

– La playlist Calogero-Patrick Bruel-Robbie Williams de RTL2.

– L’aspect assez oppressant de la déco, avec du blanc partout et des spots très lumineux, à mi-chemin entre l’hôpital psychiatrique et la salle avec le monolithe à la fin de 2001, L’Odyssée de l’espace.

 

Solution n°2 : L’apparence physique

Tant qu’à choisir son bourreau, autant en prendre un qui inspire confiance. Le choix par le physique est donc complètement justifiable. 

Avantages :

– Quitte à se voir mourir à petit feu dans le miroir pendant 30 minutes, autant que ça soit bien accompagné.

– On pardonne toujours plus facilement à quelqu’un de mignon. La preuve, à hauteur de crime presque égale, René la Taupe reste bien moins antipathique qu’Adolf Hitler.

Inconvénient :

– Si la beauté avait le moindre impact sur la qualité du travail effectué, Ophélie Meunier serait la meilleure journaliste de France.

 

Solution n°3 : La gentillesse

Si le passage chez le coiffeur est un traumatisme, vous aurez peut-être tout intérêt à miser sur une personne bienveillante pour vous accompagner dans l’épreuve. En général, ce choix implique une certaine fidélité, la construction d’une relation de confiance et un attachement sur le long terme. À éviter si vous êtes versatile dans vos expériences de torture capillaire donc.

Avantage :

– Vous pourrez compter sur quelqu’un de compatissant, à l’écoute, qui aura une conversation suffisamment agréable pour détourner votre attention de ses ciseaux et qui n’hésitera pas à mentir honteusement pour vous ménager (notamment en vous assurant que vous n’avez pas du tout un début de calvitie).

Inconvénients :

– Aussi gentille soit-elle, votre coiffeuse (Monique, 72 ans) ne changera pas maintenant. Malgré vos consignes, elle vous a une nouvelle fois dégagé les oreilles.

 – Ça discute, ça discute et au final, la séance dure trois fois plus longtemps que dans d’autres salons. Vous atteindrez peut-être même un stade où vous vous demanderez si vos cheveux ne repoussent pas plus vite qu’ils ne sont en train d’être coupés.

 

À noter que si vous avez la (mal)chance d’habiter dans une grande ville, vous pouvez aussi vous tourner vers les coiffeurs branchés avec option barbier. Vous les reconnaîtrez facilement : ils ont un look de barman / chanteur de groupe de punk / catcheur avec une barbe et des tatouages partout sur les bras, et quand vous leur demandez un truc très simple, vous finissez quand même avec une gueule de hipster ou la coupe de Ragnar dans Vikings. Évidemment, comme tout truc inutile et à la mode, c’est super cher.  

 

What could go wrong? 

 

Que faire pendant la coupe ?

 

Quand on interroge les gens sur la pire façon de mourir, beaucoup citent la noyade parce qu’elle implique d’avoir tout le temps de se voir crever. Une cruauté que l’on retrouve un peu chez le coiffeur où, face à la glace, vous assistez impuissant au drame capillaire en cours. Comment rendre ce moment plus supportable ?

L’idéal est bien sûr de penser à autre chose, mais ça n’est pas une chose aisée. Déjà parce que vous êtes angoissé par le résultat, mais parce qu’en plus, vos mouvements sont extrêmement limités.

 

1/ Regarder son portable

Avantage : Regarder des photos de vous prises quelques semaines plus tôt vous permettra de vous souvenir du bon vieux temps et de vous projeter dans le futur proche, avec l’objectif de survivre assez longtemps pour vous revoir une nouvelle fois avec une coupe correcte.

Inconvénient : Si vous penchez trop la tête pour le regarder, la coiffeuse va vous reprendre de volée ou vous couper uniquement les cheveux sur l’arrière du crâne, ce qui peut donner un résultat douteux (mais qui ne sera pas une coupe mulet, c’est déjà ça).

 

2/ Dormir

Avantage : Le temps va passer soudainement beaucoup plus vite.

Inconvénient : Vous risquez de baver devant la coiffeuse alors que vous l’avez potentiellement choisie pour son physique. Ça la fout mal. En plus, si elle se met à faire n’importe quoi, vous n’aurez plus aucun moyen de l’arrêter à temps. Cela dit, pour relativiser ce dernier argument, rappelez-vous que la dernière fois qu’elle a coupé beaucoup plus court que ce que vous espériez, vous avez préféré pleurer discrètement plutôt que d’intervenir. Comme si, tel Samson, vous tiriez votre force et votre confiance en vous de cette touffe de poils dominant le sommet de votre crâne.

 

3/ Lire

Avantage : Rien de tel qu’un peu de lecture pour s’évader loin de la triste réalité quotidienne.

Inconvénient : Les seuls livre à proximité sont un Paris Match et un Closer de 2014. Le scoop de l’idylle entre François Hollande et Julie Gayet a perdu un peu de saveur.

 

4/ Discuter

Avantage : L’occasion de discuter avec votre coiffeur/coiffeuse et d’en apprendre un peu plus sur sa vie, son travail, ses passions et son avis sur les sujets politiques qui font polémique en ce moment.

Inconvénient : Vous allez très vite regretter de connaître son avis sur les sujets polémiques en question. En plus, le/la lancer sur la réforme de la CSG risque de le/la mettre en colère. Et si on se bat moins bien quand on est en colère (tous les films d’action/apprentissage le disent), il en va de même pour la coupe des cheveux. C’est donc un coup à perdre cinq centimètres de plus que ce qui était prévu. 

 

« Euh… attendez… Vous m’aviez dit de quel côté la mèche déjà ? »

 

Gérer l’après-coupe :

 

Une fois la coupe terminée, le plus dur reste à faire. Déjà, il faut payer. Parce que oui, en plus, c’est payant. Le coiffeur est d’ailleurs l’un des rares endroits où on paye pour repartir avec moins qu’en entrant. Avec les maisons closes.

Ensuite, trois affrontements simultanés sont à gérer. Celui avec les petits cheveux dans le cou est le premier, le plus rapidement expédié, mais potentiellement aussi le plus désagréable.

Le deuxième est l’affrontement du monde extérieur, les premiers regards croisés dans la rue qui semblent tous vous dire « Oulah, tu sors de chez le coiffeur toi… » alors que techniquement, ils n’ont aucun moyen de le savoir (sauf si vous vous appelez Truman et que vous habitez à Seaheven). Pour limiter votre honte, vous pouvez toujours porter un bonnet quelque temps et prétexter que « c’est pour le style », quand bien même il fait 30°. Ou ne plus sortir de chez vous pendant trois mois.

Enfin, le dernier supplice à endurer est celui du regard de vos amis. S’ils sont gentils, ils se contenteront d’un simple « Tiens, t’es allé chez le coiffeur ! » suivi d’un petit silence poli mais lourd de sens. S’ils le sont moins, ils profiteront allègrement des jours nécessaires à un début de repousse pour copieusement se foutre de votre gueule. Soyez fort et consolez-vous en vous disant que tout ça aurait pu être bien pire : vous auriez pu être chauve.

 

Seems legit. 

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Bastien

Only Ovale Masqué can judge me.

4 réflexions au sujet de « [Tuto] Comment mieux vivre son expérience du coiffeur ? »

  1. J’etais pas sure en début d’article que tu étais l’auteur mais m’en suis doutée très vite! Encore un bel article!

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