Tuto – Comment se débarrasser d’une souris ?

 

Préambule :

Dimanche soir, 22h. Rassasié par un plat de carbonara (avec de la crème fraîche), vous êtes affalé sur votre canapé et matez d’un oeil distrait une émission abrutissante à la télé. Votre regard est soudainement attiré par un mouvement bref et furtif à votre gauche. Il ne vous faut pas plus d’une seconde pour comprendre : il y a une souris dans votre appartement. Elle est là, sur le carrelage de votre cuisine (oui, vous habitez à Paris donc quand vous tendez la jambe, vous êtes dans deux pièces en même temps). Vos regards se croisent, son museau s’agite, le temps se suspend. Trois cas de figure peuvent maintenant se présenter :

– Vous adorez les souris et vous sautez de joie à l’idée qu’un animal se nourrissant dans les poubelles se cache dans vos t-shirts et chie dans vos Chocapic (les plus gourmands y verront un mélange audacieux avec des Choco Pops). Dans ce cas, vous pouvez immédiatement arrêter la lecture de cet article et retourner avec les gens qui refusent de se débarrasser de leurs poux puisqu’après tout, ce sont des êtres vivants.

– Vous avez la phobie des souris et vous vous mettez à hurler en grimpant sur le point accessible le plus proche. Dans ce cas-là aussi, vous pouvez arrêter la lecture de cet article à ce stade. Mais montrez le peut-être à la personne que vous appellerez à la rescousse pour vous débarrasser du nuisible (et qui ne manquera pas de vous sortir une phrase du genre « Oh, ça va, c’est pas la petite bête qui va manger la grosse ! » avec un air de parfait connard).

– Vous bougez le moins possible. Tout en soutenant son regard (il ne faudrait pas qu’elle interprète l’inverse comme un signe de faiblesse), vous tâtonnez autour de vous à la recherche d’un objet pouvant faire office de projectile (télécommande, crayon, chausson). Dans la confusion du moment, vous lancez votre smartphone qui va s’éclater sur le carrelage (à deux mètres de l’endroit où était la souris, en plus…)

Dans les trois situations, la souris, elle, réagira de manière simple : elle vous sautera au visage. Non, je déconne. Elle filera se cacher sous le frigo avant même que vous ayez pu faire le moindre geste. Mais sa disparition n’est que temporaire. Tapie dans l’ombre, elle vous observe l’oeil brillant. La guerre psychologique et militaire peut alors démarrer.

 

N’ayez pas pitié, car elle n’en aura aucune. 

 

Remarques générales :

Attention, la souris est un animal endurant, qui peut survivre longtemps dans un univers hostile. Elle n’a de toute évidence pas les capacités pour vous affronter sur le terrain physique avec comme objectif une issue rapide. Personne n’a jamais vu une souris aller à la salle ou être fan de The Rock par exemple (ce qui dans ce second cas justifie qu’on les élimine sans pitié).

Elle se contentera d’exercer sur vous une pression psychologique constante en apparaissant de manière ponctuelle pour vous rappeler qu’elle existe, tout en effectuant des dégradations mineures sur votre territoire. Son objectif est simple : vous pousser à bout jusqu’à ce que vous abandonniez. Cet abandon peut se traduire de deux manières. Dans le premier cas vous quittez tout simplement l’appartement (c’est une victoire totale pour elle). Dans le deuxième, vous y mettez le feu. Ça coûte cher mais si elle meurt dans l’incendie, il y a match nul et l’honneur est sauf.

Mais avant d’en arriver à cette solution que certains jugeront « un peu exagérée », quelques petits conseils :

 

CONSEIL 1 : La prise d’informations

« Connais ton ennemi et connais-toi toi-même, même avec cent guerres à soutenir, cent fois tu seras victorieux. Si tu ignores ton ennemi et que tu te connais toi-même, tes chances de perdre et de gagner seront égales. Si tu ignores à la fois ton ennemi et toi-même, tu ne compteras tes combats que par les défaites. » Sun Tzu, L’Art de la Guerre.

Vous l’avez compris (même si vous avez dû relire la citation trois fois), Sun Tzu vous recommande d’apprendre à connaître votre adversaire. Repérez ses cachettes – souvent inaccessibles -, ses lieux de passage et ses sorties de secours. N’hésitez pas à pousser l’idée vraiment jusqu’au bout : à quelle heure apparaît-elle le plus souvent ? Sur un snowboard, serait-elle plutôt goofy ou regular ? Ses crottes sont-elles plutôt sucrées ou salées ?

Autant d’informations indispensables pour adapter votre tactique dans les batailles qui s’annoncent. Dans cette quête de connaissances, n’oubliez pas non plus l’épineuse question de la nourriture. Si le fromage semble être chez les souris l’équivalent des pâtes chez nous, certains rongeurs ont des goûts particuliers. Pomme, noix ou brioche, tentez différentes combinaisons pour être sûr d’attirer son attention dans les pièges que vous allez lui dresser. Il n’est pas du tout impossible de tomber sur une souris vegan, intolérante au gluten, ou tout simplement casse-couilles.

Enfin, le petit conseil qui fait la différence : donnez un nom à votre adversaire. Le personnifier permet de donner une dimension plus épique au combat. Au niveau du choix, c’est assez libre puisque jusqu’à preuve du contraire, la préfecture n’a pas à le valider. Vous pouvez aller dans le classique (« Louis », ce qui vous permet s’il y en plusieurs, de faire une dynastie et de prier pour que vous réussissiez à décapiter la seizième), dans la référence hautement culturelle (Fievel) ou dans le cathartique (Eric Ciotti).

Personnellement j’ai une petite préférence pour Philippe, juste pour le plaisir de beugler « Philippe, je sais où tu te caches ! Viens ici que je te bute enculé !».

 

Une bonne stratégie est une stratégie claire. 

 

CONSEIL 2 : Le choix du piège

Connaître son adversaire est une bonne chose, mais soyons honnête, l’objectif reste de l’éclater, pas de participer aux Z’Amours avec lui. Une fois la tactique et le plan diabolique déterminés, reste la mise en oeuvre. Et on ne gagne pas une guerre sans y mettre un minimum de moyens. Après trois coups de fil chez Dassault, sans succès, vous voici donc en route pour Truffaut ou Leroy Merlin. Mais comment bien constituer son arsenal ? Petite guide pratique :

 

1 – Les tapettes traditionnelles :

Facilement identifiables, c’est la tapette par excellence. Il y en avait plein la grange de votre papy et si vous avez eu de la chance, vous avez un souvenir impérissable de votre cousin qui s’y coince un doigt quand il avait huit ans.

Avantages : Simple et efficace, nos amis radins relèveront surtout que c’est de loin la solution la plus économique. Pratique si vous voulez faire dans la quantité et quadriller votre cuisine comme une vulgaire rizière vietnamienne dans les années 60.

Inconvénients : Niveau résistance, c’est pas terrible. Au bout de trois ou quatre recharges, elle vous explosera dans les mains. Et au-delà de ça, sa fiabilité n’est pas optimale. Une souris fan de Tom Cruise réussira à retirer l’appât sans déclencher le piège.

 

2- Les tapettes évoluées :

Version premium des tapettes traditionnelles, deux principaux modèles se distinguent. Le « tunnel » qui, comme son nom l’indique, place le piège dans un tunnel qui rend très difficile les approches subtiles d’un rongeur qui voudrait ruser pour choper l’appât sans déclencher le mécanisme, et la « dentée », qui utilise un système de pression légèrement plus perfectionné et qui est dotée de DENTS qui rendent la mort du rongeur beaucoup plus violente (et spectaculaire).

Avantages : Elles apportent un supplément technologique qui, non seulement, vous donne un avantage tactique considérable, mais en plus vous feront sentir PUISSANT, ce qui est toujours bon à prendre quand vous échouez à tuer une bestiole de sept centimètres depuis dix jours.

Inconvénients : Ça coûte cher et si vous en installez, il est probable que, juste pour vous faire chier, la souris préfère se tuer sur la tapette traditionnelle à 1 euro posée juste à côté. Cette connasse. Ah, et méfiez-vous, la tapette à dents n’est probablement pas très propre quand elle est efficace. Évitez de la poser à côté d’un mur blanc ou des nouvelles plinthes que vous venez d’installer. 

 

Évitez d’en disposer au milieu de la pièce. Pas bien réveillé un matin ou pas très lucide
en rentrant de soirée un peu tard, ça peu piquer. 

 

3- La trappe à souris :

Petits pièges qui capturent les souris vivantes et vous épargnent ainsi la délicate séquence de ramassage de cadavre lorsque les tapettes ont frappé (et un problème d’ordre moral, si ce mot a encore un sens pour vous après une semaine de traque).

Avantages : C’est propre et vous pourrez continuer à regarder des Disney sans culpabiliser.

Inconvénients : Si votre souris est nomade, ça va, mais si elle a décidé de s’installer dans le quartier et qu’elle revient deux jours plus tard, ça va vite être lassant.

 

4 – Le poison :

Petites pastilles qui tuent les nuisibles qui ont le malheur de croquer dedans. Un peu comme des pastilles à chiotte, mais en probablement moins chimique.

Avantages : La souris aura la délicatesse d’aller mourir loin du lieu d’ingestion, ce qui vous évitera d’avoir un cadavre de souris sous un meuble sans le savoir. 

Inconvénients : Difficile de savoir quand elles se sont fait contaminer ou non. En plus le poison peut mettre cinq à vingt jours pour faire effet. Vous allez donc peut-être passer une semaine à vous battre contre une souris en phase terminale. Ce qui non seulement est une perte de temps, mais en plus n’est pas super fair-play.

 

5 – La glue :

Vous disposez un appât sur un grand bout de carton. Tout autour, vous étalez de la glue pensée spécialement pour l’occasion. Un peu trop gourmande, la souris se coincera dans la colle (invisible et inodore) et périra d’un arrêt cardiaque à la suite d’une crise de panique.

Avantages : Une mort rapide et sans éclaboussure pour le rongeur (d’après ce qu’ils disent au dos du produit en tout cas).

Inconvénients : Même présentée comme ça, la technique paraît assez cruelle. Ajoutons à cela qu’étaler de la glue est l’une des choses les plus difficiles à faire avec regarder une émission de Cyril Hanouna jusqu’au bout. Une fois sur deux, vous collerez vos doigts, trois meubles et le bouchon du pot de super-glue avant même d’avoir réussi à en mettre sur le carton.   

 

6 – La prise à ultrasons :

Petite boite à brancher sur une prise secteur classique et censée envoyer des ultrasons perturbant suffisamment les souris pour les dissuader de s’aventurer dans le secteur. L’effet est un peu le même que quand un magasin dont vous regardez la vitrine diffuse du NRJ.

Avantages : C’est joli, discret et ça ne nécessite la mort d’aucun être vivant, ce qui est quand même rare depuis le début de cet article.

Inconvénients : À titre personnel, j’ai vu une souris se balader dix minutes après en avoir branché une. Donc soit je suis tombé sur la seule souris qui aimait la minimale, soit ça ne marche pas du tout. Quitte à la tuer avec des ondes, vous avez donc plutôt intérêt à installer un compteur Linky et attendre qu’elle chope un cancer (c’est forcément vrai, je l’ai lu sur Internet).

 

7 – Le chat :

Animal domestique très agréable quand il a envie de faire des câlins, un peu moins quand il chie dans la litière (voire juste à côté) pendant votre repas. Sans attendre de lui qu’il soit un grand prédateur habile et sans pitié, sa simple présence suffira à dissuader l’intrusion du rongeur dans les parages.

Avantages : Les câlins. Et les photos qui font plein de likes sur Instagram.

Inconvénients : Pas recommandé si vous êtes en appartement, sauf si vous avez un grand appartement. Mais si vous avez un grand appartement, c’est que vous êtes riche (ou Batman) et que votre mairie s’est occupée du problème des rongeurs depuis longtemps.

 

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8 – Tom et Jerry :

Regardez tous les épisodes (il y en a 163) et tentez de reproduire les meilleurs pièges diaboliques de Tom pour venir à bout de son adversaire.

Avantages : Non seulement, c’est très drôle et ça vous rappelle votre enfance, mais en plus vous allez en profiter pour résoudre ce problème qui vous ronge depuis trois semaines : vous n’avez plus aucune idée de série à regarder.

Inconvénients : Au bout de 163 épisodes, vous allez finir par vous rendre compte que c’est quand même souvent la souris qui gagne.

 

CONSEIL 3 : Gérer l’après

Une fois la souris battue, ne criez pas victoire trop vite. Les souris sont des petites chaudières et il y a de bonnes chances pour qu’elle se soit reproduite et que sa descendance vienne prendre le relais. N’hésitez donc pas à laisser traîner son cadavre quelque temps dans les parages, histoire que le message passe auprès du reste du groupe. Selon votre sens de la mise en scène, clouer sa queue sur le lieu du crime peut ajouter un petit effet de style. N’hésitez pas non plus à vous découvrir de nouveaux talents de taxidermiste pour garder un souvenir du combat et rendre un dernier honneur à votre adversaire.

Ah, et évitez de trop vous vanter de votre victoire aussi. Non seulement, le mérite est limité, mais en plus vous allez inévitablement tomber sur quelqu’un qui va vous expliquer que vous êtes un être cruel, sans coeur et qu’il y avait probablement plein de solutions pour la capturer vivante. Ce qui fait en général regretter de ne pas l’avoir fait, juste pour le plaisir de relâcher ensuite la souris dans l’appartement de la personne en question sans la prévenir.

 

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Bastien

D'après une théorie, toute personne sur le globe peut être reliée à n'importe quelle autre, au travers d'une chaîne de relations individuelles comprenant au plus six maillons. Je ne suis personnellement qu'à un maillon de Margot Robbie. Si vous avez des bons traiteurs de mariage à me recommander en privé, je prends.

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