De l'ombre à la lumière

A la recherche de la lumière

Livre d’Oliver Stone – 2020

Notation :

C’était pas ma guerre : +++++
C’était pas mon film : ++++
Alcool : ++++
Sexe : ++
Drogues : ++++
Moi moi moi (bon en même temps, c’est des mémoires) : ++++++++

Qu’est-ce que ça raconte ?

Dans A la recherche de la lumière, le cinéaste Oliver Stone nous raconte son parcours, de son enfance au début de la carrière hollywoodienne qu’on lui connaît.

Fils d’un père américain travaillant dans la finance à Wall Street et d’une mère française travaillant… à être le cliché d’une femme française, le brave Oliver nait et grandit dans un environnement plutôt aisé. Etudiant à Yale et destiné à avoir une belle vie de merde bien rangée, il va faire ce qui arrive parfois aux gens de sa caste : une bonne grosse crise existentielle. Il laisse alors tout tomber pour partir à l’aventure à travers le monde. Il travaille notamment dans la marine marchande, puis devient prof d’anglais à Saïgon. Cela lui a visiblement donné envie de tuer des Vietnamiens, puisqu’il s’engage ensuite dans l’armée comme soldat d’infanterie, un terme élégant pour dire « chair à canon ». S’il survit assez miraculeusement au front, il garde de nombreux traumatismes de cette expérience, car comme il l’affirmera avec force tout au long de sa filmographie : la guerre, c’est bif bof.

Oliver Stone au Vietnam en 1968 (crédits : OliverStone.com)
Y’a pas à dire, pour pécho sur Instagram ça impressionne plus que la photo d’influenceur en vacances à Dubaï.

De retour aux USA, il tente de devenir écrivain, mais son roman termine dans la poubelle des plus prestigieuses maisons d’édition. Persévérant dans l’idée d’une vocation de saltimbanque, il s’inscrit à la New York Film Academy, où il aura pour professeur Martin Scorsese – c’est sûr que c’est plus classe qu’en France, où les cours des écoles de ciné sont donnés par des réalisateurs de téléfilms sur TF1. Malgré cette formation qu’on imagine de qualité, Stone va galérer pendant un bon moment avant de trouver sa voie. Il réalise quelques films de série B totalement oubliés aujourd’hui, puis se consacre à sa carrière de scénariste en écrivant tout un tas de projets qui ne se concrétisent pas.

Mais comme dans toute bonne histoire américaine, la chance finit par tourner quand certains de ses scénarios sont enfin portés à l’écran. Ca commence fort, avec Midnight Express d’Alan Parker, pour lequel il recevra un Oscar. Puis ça continue un peu moins bien Conan le barbare, qui fut complètement réécrit par son réalisateur, John Milius, ou Scarface de Brian de Plama, qui avant de devenir un film culte, a surtout été un gros four. Mais Stone ne lâche pas l’affaire et ambitionne de passer à la réalisation, ce qu’il va faire avec deux films à petits budgets réalisés la même année : Salvador et Platoon. Le second cité lui permettra d’obtenir l’Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur, ce qui lancera sa carrière pour de bon. Et A la recherche de la lumière s’arrête là, parce qu’après il a trois villas avec piscine et que c’est moins palpitant à raconter que lorsqu’il rampait dans la jungle.

Oliver Stone reçoit son premier Oscar des mains de Lauren Bacall (crédits : Getty Images)
Un réalisateur qui n’a jamais manqué d’audace. Par exemple, aller chercher son Oscar avec cette coupe de cheveux.

Les points forts d’A la recherche de la lumière :

  • C’est tout de même un gars qui a eu une vie pas banale, donc c’est plus intéressant que si c’était la bio d’un guichetier SNCF.
  • Le style est simple et agréable, ça se lit très bien, même si l’auteur a parfois tendance à disgresser et à partir dans tous les sens.
  • Il y a évidemment pas mal d’anecdotes sur la préparation ou le tournage des films qu’il a écrits ou réalisés. Par exemple, sa rencontre houleuse avec des dealers de drogue à Miami pour travailler sur Scarface, ou ses aventures rocambolesques avec la dictature en place au Salvador pour tourner… ben Salvador.
  • On croise du beau monde au fil des pages : Martin Scorsese, Brian de Palma, Al Pacino, Michael Caine, Tom Cruise, Michael Cimino, Mikey Rourke ou encore un jeune Charlie Sheen, décrit comme quelqu’un « qui aimait bien faire la fête ». Ce n’est pas le plus gros scoop du livre.
  • Si vous ambitionnez de faire un métier artistique, le parcours de Stone comprend à peu près tous les clichés qui aideront à vous motiver quand les temps sont durs, comme celui du scénariste galérien qui passe des nuits à noircir des pages dans son petit appartement merdique. Au final, à force de travail et d’abnégation, il a réussi ! Bien sûr, il y a aussi des tas de gens qui échouent lamentablement, mais eux, on ne leur propose pas d’écrire leurs mémoires.

Les points faibles :

  • On connaît bien l’ambiguïté du personnage (son côté « j’étais complotiste avant que ce soit cool » et éternel ado rebelle en lutte contre l’impérialisme américain) ou l’aspect parfois brouillon et foutraque de son cinéma. Et bien cette zinzinerie transparaît parfois lorsqu’il s’emporte dans des longues tirades douteuses. Les passages évoquant les femmes peuvent aussi être assez curieux et l’on sent quelques pointes de misogynie. Mais rassurez-vous, rien qui ne puisse lui valoir de gagner un César en France
  • Parfois, la soupe interne de l’industrie hollywoodienne (les achats et reventes de droits, les guerres d’ego entre producteurs, les histoires de studios, de distributeurs…) peut être un peu rébarbative quand on est étranger à ce monde. Elle permet néanmoins de se rendre compte que c’est vraiment un gros bordel de faire un film, et encore plus un bon film.
  • A la recherche de la lumière s’arrête au moment où Stone obtient la consécration avec Platoon. Donc si vous êtes fans de tout ce qu’il a fait après ce film, vous n’apprendrez rien sur cette période.
Oliver Stone avec Brian de Palma et Steven Spielberg. Crédits ; Twitter d'Oliver Stone https://twitter.com/theoliverstone/status/1287837838063685636
Oliver Stone accompagné par deux gars qui n’ont pas fait grand chose dans le ciné.

Le saviez-vous :

– Petit, Oliver Stone passait ses étés chez ses grands parents dans le 77, à la Ferté-sous-Jouarre. Ok, ce n’est pas l’anecdote la plus passionnante du livre.

– James Woods a l’air d’un sacré connard. Mais c’est pas trop une surprise.

– On imagine qu’Oliver Stone avait vraiment envie de faire le film The Doors, vu qu’il namedrop Jim Morrison toutes les 10 pages.

– En 2017, Oliver Stone a effectué 50 heures d’entretien avec Vladimir Poutine, qu’il a exploitées pour réaliser un documentaire en quatre parties consacré au controversé président russe. Moi je ne l’ai pas vu. Mais, apparemment, lors ces interviews Stone était tellement amoureux de Vladimir qu’il aurait fait passer David Pujadas pour un vrai journaliste.

– Sean Stone, fils de, anime une émission sur Russia Today America. Donc oui, papa doit vraiment bien s’entendre avec Vlad.

– Je ne résiste pas à l’envie vous partager cette phrase issue de Wikipedia : « Stone écrit une première version du scénario de Conan le Barbare au début de l’année 1978. Ce scénario s’inspire des nouvelles Le Colosse noir et Une sorcière viendra au monde ! mais Stone, qui est accro à la cocaïne et aux dépresseurs à cette période, écrit le script sous leur influence, situe l’histoire dans un futur post-apocalyptique et prévoit une bataille où Conan mène une armée contre une horde de 10 000 mutants. » On a peut-être raté un très grand film.

Oliver Stone avec Nicole Kidman et Tom Cruise sur le tournage de Né un 4 Juillet.
Comment ça, je vais pas pouvoir courir dans ce film ?

Si vous avez aimé A la recherche de la lumière, vous aimerez aussi :

  • L’Enfer du dimanche, mieux que le dernier Superbowl.
  • Tueurs nés, avec Robert Downey Jr dans le rôle d’un journaliste de CNEWS.
  • U Turn, pour passer deux heures avec Sean Penn, Nick Nolte, Joaquin Phoenix, Billy Bob Thornton ou John Voight, et se dire que finalement on est plutôt sains mentalement.
  • Alexandre. Parce qu’il faut bien que quelqu’un se porte volontaire pour aimer ce film.
Joaquin Phoenix dans le rôle de Toby N. Tucker dans U Turn (capture d'écran)
On l’oublie, mais sans Oliver Stone et U Turn, peut-être que personne n’aurait jamais songé à Joaquin Phoenix pour jouer Johnny Cash.

Ce qu’il faut retenir de ce livre :

Si vous galérez à trouver des idées de romans ou de films à écrire, faire la guerre peut vous aider. Mais vous avez quand même beaucoup plus de chance de mourir.

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Riwan

J'avais pas mis mon masque, personne m'a reconnu.

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